Notre "Pin de sucre"
(Poésie)
Au-delà du pin clair, s’élevait un vieux mont.
Il surplombait l’école où j’apprenais à lire.
La maison des parents se trouvait en amont :
Nous allions grimper en un fréquent délire.
Certains jours de beau temps, nous restions assis,
Contemplant l’océan, tout au bout du village.
Il fallait obéir, nous avions un sursis :
Nous revenions joyeux en un fol détalage.
L’homme efface un symbole au charme récurent
Pour construire un local servant à la jeunesse.
Fallait-il néanmoins, toucher au référent
De nos petits sommets dont elle était l’aînesse ?
Gageons que chérubins et petits nourrissons,
Piailleront chaque jour à deux pas de l’école,
Ignorant le bonheur des gentils polissons
Que nous étions alors, en pays sylvicole.
Pour un hommage fort, j’ai pris mon vieux pinceau :
De notre « pin de sucre », esquissant une ligne,
J’ai fait naître l’image en créant un arceau.
Les dieux, pour remercier, m’ont fait, de loin, un signe.
Grains de sable
(Conte)
L’océan était déchaîné. Le vent soufflait très fort et les cavaliers noirs galopaient à vive allure dans le ciel girondin.
La plage abandonnée, ressemblait à un immense désert, frangée à l’Est d’une immense forêt domaniale, à l’ouest, par des vagues mousseuses et abondantes.
Des milliers de grains de sable se soulevaient dans les airs tels des voiles de poussière.
La Nature orchestrait une symphonie fantastique devant un parterre vide.
Un petit grain de sable, au milieu des autres, mais différent par sa couleur et sa forme, après une course vagabonde, se posa dans un creux de dune entre deux pieds de chardons bleus.
Il sentit autour de lui et au-dessous une certaine animosité ; les autres grains voulaient le rejeter tel un intrus :
- « Que viens-tu faire ici, petit grain noir ? » lui demandèrent-ils
- « Je me suis égaré. Je viens de loin. Le vent m’a porté jusqu’ici. »
- « Où vivais-tu avant que le vent ne t’emporte ? »
- « Dans un pays lointain, près d’une mer tranquille, la Méditerranée, je crois. Il fait chaud là-bas. Le vent souffle le plus souvent du Sud, on l’appelle Mistral, ou de L’ouest : c’est la Tramontane. Les tempêtes comme celle que je viens de vivre sont assez rares. »
Je me suis laissé emporter un jour de grand vent et j’ai quitté ma plage favorite, il y a bien longtemps. Le vent m’a bousculé de ci de là.
J’ai traversé des villes, des campagnes. Les nuages m’ont hissé par-dessus les montagnes.
J’étais heureux de voyager. »
- « Eh bien, retourne d’où tu viens. Nous sommes déjà très nombreux. De plus, tu nous parais trop différent ; vas rejoindre ceux qui te ressemblent. »
Le pauvre grain de sable restait collé à une feuille verdâtre, dentelée et piquante à souhait. Il frissonnait tant la fraîcheur de l’air était intense. Le printemps était frileux.
Au bout d’un certain temps, les autres grains, tout autour, se détournèrent de lui. Il s’endormit.
La tempête poursuivait ses ravages, arrachant tout sur son passage. Même les gros rochers entassés au pied des dunes, bougeaient un peu, malgré leurs poids énorme de plusieurs tonnes. Les vagues, puissantes, chargées d’écume blanche, volaient à des hauteurs invraisemblables ; par endroits elles atteignaient les hauts des escaliers et se brisaient sur le bitume.
Au petit matin, tout s’apaisa un peu : la marée se retirait doucement.
Lorsque la marée descend, les rouleaux sont plus petits et moins agressifs : ils s’avancent et reculent par petites saccades ; ils fuient les dunes pour rejoindre l’horizon qu’ils n’atteindront jamais.
Le vent s’apaisait et le ciel se dégageait lentement, laissant apparaître des « chapeaux de gendarme », selon une expression paysanne de la région ouest.
Cette situation n’est que provisoire, car six heures plus tard après une pause, la marée remonte à l’assaut de la plage et des dunes . c’est peut-être à ce moment-là que les violences réapparaîtront.
Donc, lorsque le petit grain de sable se réveilla, l’horizon avait blanchi. Une légère brume enveloppa la feuille et la fit trembler. Le grains de sable noir, glissa sur le tapis sablonneux et se mêla aux autres grains, bien malgré lui.
Un seul grain se réjouit de l’avoir à ses côtés, car il lui ressemblait par la forme, la taille et la couleur.
- « Bonjour petit grain, venu de nulle part. »
- « Bonjour, je ne viens pas de nulle part ! Je viens d’un pays lointain, bien au-delà de cette forêt que l’on aperçoit là-bas. Et toi, tu n’es pas d’ici non plus !
- « Je viens d’Afrique. C’est pourquoi, je suis rouge. Les terres de l’Atlas et celles du désert sont souvent couleur cuivrée.
- « C’est une belle couleur. N’ait pas honte ! Tu m’apparais comme exotique. Tu ne ressembles pas aux grains d’ici. »
- « Alors, si tu veux bien, nous allons être deux amis ! »
Avant que le vent ne se lève, à nouveaux, nos deux compères se mirent à rouler doucement. Tous les grains de sable, sous eux, les freinaient un peu ; ça n’est pas facile de rouler sur des tapis secs, rêches et bosselés.
Après bien des efforts, nos deux amis se retrouvèrent sur le sable humide. Vous savez, cette étendue de sable qui borde directement les premiers ressacs. Elle offre une résistance aux pas très agréable pour l’humain qui marche pieds nus.
C’était donc, plus facile sur cette surface lisse, luisante au soleil triomphant de midi moins le quart.
Comme la marée avait repris sa course descendante, nos deux amis décidèrent de profiter de ce moment pour s’éloigner de cette plage peu accueillante.
Ils attendirent que l’eau se retire et s’engouffrèrent dans l’onde claire.
Personne ne sait ce qu’ils sont devenus. J’augure qu’ils sont allés très loin ensemble.
L’amitié ou l’amour sont des stimulants des bonnes causes.
Le temps
(Poésie)
Une aiguille obstinée avance lentement
Sur le cadran jauni des pendules comtoises,
Nous privant, quelquefois, d’un merveilleux moment
Que nous devons briser de façons peu courtoises.
Je voudrais être loin, je me retrouve ici ;
Et ne sachant comment me libérer de chaînes
Par quelque faux-fuyant, ô combien réussi,
Je quitte un grand soleil pour l’ombre de vieux chênes.
Le feu, le ciel, la mer et tout ce qui respire
Sont liés à ce temps par ce fin diapason
Dont le tic-tac discret, qui parfois, nous inspire,
Abrège de nos jours, leur ultime saison !
L’heure a sonné minuit, sus à l’heure nouvelle.
Oublions tous les maux, croyons en l’avenir.
Souhaitons du bonheur, enjambons la Nivelle
Pour cueillir des bouquets qu’un dieu viendra bénir.
Amis ou ennemis, en ce jour d’espérance,
Ne laissons pas le noir obscurcir l’horizon
Et transformons l’essai, pour notre douce France
Ecrivons notre espoir sur le vert du Gazon !
L’homme et la fourmi
(Fable)
L’homme et la fourmi
Un jour qu’il faisait beau, un homme à l’air rêveur
Regardait le vieux monde avec belle arrogance.
Il avise une fourmi dont le nez fureteur,
Lui fait lever le pied pour la mettre en balance
Au bord de la terrasse aux couleurs de l’été.
- « Hé, vous êtes bien fou, de me mettre en pâture.
Je fais, tout comme vous, partie de la Nature.
Ne me méprisez point. »
Le bonhomme interdit, toise la bête noire :
- « Que me veux-tu, petite avec ton embonpoint ?
Je pourrais t’écraser de mon pied sans histoire
Et t’envoyer pourrir au fond d’une tanière ! »
- « Vous avez une drôle de manière
De traiter plus petit que vous !
Attrapez-moi d’abord et l’on verra peut-être. »
Là-dessus, tournant le dos, à ce monstre arrondi,
Elle cherche des yeux un rebord de fenêtre
Pour se cacher avant qu’il n’ait bondi.
Le pervers voulait gagner la guerre :
Il se mit à poursuivre avec ténacité,
Ce petit « ver de terre ».
Oubliant la prudence, il arpente nu-pieds
Son vaste carrelage.
Ce fut l’erreur fatale : après l’avoir épié,
La fourmi le piqua, debout dans son sillage.
Il sentit la piqure, en gémit de douleur.
On ne badine pas, et soyez-en certain,
Avec plus petit que soi, malgré le vieil adage.
Que l’on soit imbécile ou parfait puritain,
Tous les êtres du monde auront quelque avantage
A montrer leur valeur !
L’enfant et la mouette
(Fable)
Le soleil se mirait sur une mer mouvante.
Le sable, sous les pieds, nous paraissait brûlant.
Les quelques promeneurs s’offraient une détente,
Et les éclats de rires, résonnaient au tympan.
La plage était à nous.
Les mouettes grisées, venant, je ne sais d’où
Se posaient sur le sable en quête de pitance,
Cherchant à chaparder des sacs de victuailles.
Elles planaient longtemps avec quelque arrogance
Et visaient d’innocentes marmailles.
Soudain, ce fut l’éclair :
Une enfant trottinait sur le petit muret
Séparant le chemin du reste de la plage.
Elle tenait en main une glace en cornet.
La mouette avisa le succulent laitage ;
D’un mouvement rapide, elle fendit l’air.
La boule, en un clin d’œil, fut bientôt dans son bec !
On entendit des cris, suivis de chaudes larmes :
La demoiselle en fait, comme jeune blanc-bec
Ne s’était pas méfiée au regard des alarmes
Qu’il faut bien observer
Lorsque passe mouette ou bel oiseau d’argent.
Il ne faut pas rêver
Et se croire invincible.
Les prédateurs sont là : ils vous prennent pour cible ;
Vous devenez victime de votre air négligeant.
Ne dis plus rien
(Poésie)
Ne dis plus rien ; mon cœur chavire.
Dans le silence de mes nuits,
Je rêve enfin et je m’ennuis.
Faut-il pleurer ou bien en rire ?
Tu ne sauras jamais, ami,
Que ton silence me déroute
J’aimerais suivre une autre route
Où le plaisir s’est endormi.
Le monde absurde autour de nous
Dérange un peu mes habitudes
Où sont passées mes inquiétudes ?
Tous mes regrets sont a genoux
Pour supplier les dieux du monde
De préserver mes jours, mes nuits :
Je rêve enfin et je m’ennuis.
Pensées & proverbes
La croyance en un Dieu, quel que soit la religion, nous permet d’affronter les pires épreuves.
Dieu n’est pas grand, il est en nous ou il n’est pas.
La méchanceté des uns, fait la misère des autres.
L’ingratitude est la fille d’une mauvaise éducation et la mère de toutes les cruautés.
La mouette est à l’affût de la moindre miette de pain ou de viande ; nous, les humains, nous sommes à l’affût d’une reconnaissance filiale.
Les générations sont comme cet avion à réaction qui laisse une trace blanche derrière lui: elles restent un certain temps visible puis s’estompent pour disparaître.
J’ai peur de ne plus savoir qui je suis lorsque j’entends des vérités me concernant et que j’ignorais jusqu’alors.
Le bonheur, c’est un certain équilibre entre le don et le « recevoir ».
Croire me paraît être une chance : celui ou celle qui ne veut ou ne peut pas être dans cette démarche est bien à plaindre !
Marchons dans la vérité. Celui ou celle qui vit dans le mensonge, s’enlise et perd de sa prestance et de sa crédibilité.
Le créateur-né, qu’il soit peintre, poète ou musicien, me paraît un être privilégié: il traverse les épreuves, les subit comme tout un chacun, mais en tire parti pour grandir dans sa création.
Petit tsunami
(Conte)
Elle s’était assise sur un des bancs qui jalonnent la promenade Emile Lacaze, ainsi nommée depuis le 20ème siècle.
Un vent glacial, venu du Nord, sans aucun doute un vent de Noroit, rafraichi par quelque salves venues plein Nord, soufflait à perdre haleine.
Les oreilles masquées par un bonnet, lui-même coiffé d’une capuche, elle n’entendait pas le vent ni les quelques promeneurs qui s’aventuraient sur la promenade.
Elle était subjuguée par le spectacle qui s’offrait à elle : le ciel aussi bleu et limpide qu’un jour d’été ; les nuages ayant dû fuir ailleurs ; une grande plage presque vide et l’océan tout en bas des dunes. Celui-ci reculait lentement dans un mouvement de marée descendante.
Des vagues de bordure s’écrasaient doucement sur le sable, orangée, par endroit.
Au loin, les eaux, plutôt grises, drainaient quelques brisants très courts.
En tous les cas, cette masse d’eau ne ressemblait pas à celle à laquelle nous sommes habitués : de grosses vagues qui se succèdent à une certaine cadence et qui sont « le terrain de jeux » des surfeurs !
En l’occurrence, rien ne ressemblait au paysage habituel.
Peu à peu, les rares promeneurs se firent encore plus rares. La plage était nue comme au commencement du monde. Elle était presque indécente ; les quelques promeneurs avaient disparus comme par enchantement et pourquoi pas dans un instinct de survie ou en proie à une prémonition.
Notre observatrice restait toujours sur son banc.
Devant elle, à ses pieds, étaient plantés des piquets, soutenant un grillage métallique sur lequel on avait ajouté des bandes de tissus plastifiée.
Sans aucun doute, la Municipalité ne voulait pas que l’on franchisse les dunes, fragilisées depuis longtemps. De plus leur présence, les jours de tempête empêchait le passage du sable sur la belle promenade. Seulement elles bornaient les regards vers les dunes surplombant la plage.
Soudain, un vent violant se leva et depuis le fin fond de l’horizon, un immense rouleau d’argent se déroula.
D’abord tout petit, il grossit, devint énorme et pour finir, s’abattit sur la dune, arrachant tout sur son passage.
La femme qui ne s’attendait pas à un tel cataclysme, n’avait pas bougé de son banc : elle s’agrippa au grillage pour ne pas être renversée ! Et heureusement !
Quelques instants plus tard, l’océan s’étant retiré aussi vite qu’il était venu, elle se retrouva en pleine mer, accrochée, enroulée dans un amas de toile, de bois et de bouts de grillage. Asphyxiée, affolée, mais toujours accrochée à cette « barque de fortune », la sauva d’une mort certaine.
Grâce au courant, elle fut déposée plus tard sur une plage, plus au sud, vers le lion. Dépourvue de son carcan, elle se retrouva sur le sable humide par un miracle qu’elle ne s’expliquait pas : l’instinct de sauvegarde.
Ereintée, fourbue, respirant à peine, elle se traîna sur le sable humide et réussit à s’éloigner un peu.
Elle survécut de cet horrible drame et plus tard, raconta son histoire.
Les rares personnes qu’elle rencontra par la suite, se demandèrent si elle n’était pas folle. Avait-elle rêvé ?
Sans doute pas, car le profil du village avait changé ; la dune s’était affaissée ; l’océan venait à hauteur des premières villas et des immeubles qui dataient du siècle dernier.
On était en 2080 !
Un parfum d'acacias
(Poésie)
Un parfum d’acacias embaume les narines
Lorsqu’on arrive ici, près du cœur girondin.
J’entends autour de moi, le murmure anodin
De quelque oiseau porteur de substances marines.
Nous ne sommes plus loin de ma terre natale
Et je m’efforce ainsi de rejoindre son bord
Pour goûter ses embruns qui frappent à tribord.
Je ressens dans mon corps une langueur fœtale.
Bientôt je l’aperçois, ce village où mon cœur
A passé sa jeunesse et son adolescence.
Mes paupières, mes yeux en pleine effervescence,
Lâchent quelques sanglots en formant un seul chœur.
Déjà, près de l’école où naissent les savoirs,
La maison apparaît, le voyage s’achève.
Le voyage fut long avec halte trop brève
La fatigue s’en va, j’ai bien d’autres devoirs.
Vaut mieux en rire
(Poésie)
Les soirs pleins d’espérance
Quand le cœur est heureux,
Se perdent dans l’errance
D’un doux rêve amoureux
Mais les nuits sont parfois
Emplies de vrai tristesse ;
Personne ne saura
Que cette poétesse
A perdu son aura.
Dans le petit matin
Des perles de chagrin
Ont changé leur éclat.
La bouche un peu crispée,
Dans un ultime effort,
Soudain s’est transformée,
Sans autre réconfort,
En un parfait sourire.
Voyez-vous, je le crois,
De tout cela vaut mieux en rire !














