Page 35 - Contes et histoires pour Coline Tom 4 de Flore Bruic-Depès
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Chaque  jour,  notre  petite  héroïne  se  promenait  au  bout  des
            doigts agiles. Tour à tour, elle devenait oiseau, fleur, arbuste,
            maison, visage d’enfant ou corps de femme. Elle s’usait lente-
            ment, mais pour des causes nobles !

            -   « Enfin, je sers à quelque chose ! », se disait-elle.


            Valser sur de beaux papiers l’affolait un peu, mais c’était si
            merveilleux ! Figée, à jamais sur la trame, par des traits de
            génie, elle vivait au regard des autres.

            Pour son maître unique, elle allât jusqu’au bout d’elle-même.


            Devenue trop petite dans un crayon minuscule, elle termina ses
            jours au pied d’un arbre dans un jardin public : par malheur, la
            poche  du  veston  de  l’écrivain  dessinateur,  était  trouée  !  Le
            bâtonnet trop petit s’engouffra dans le trou et tomba sur le sol.
            La  mine  et  le  bout  de  bois  qui  l’entourait  se  mêlèrent  aux
            feuilles mortes de l’automne suivant et leur mort passa inaper-
            çue.


            Il convient d’ajouter que le plaisir d’être utile, pour chaque
            être vivant, passe malheureusement par cette étape fatale. Les
            hommes aussi sont confrontés à cette situation : usés, ils s’en
            vont rejoindre la nature un beau jour et, seules, les traces qu’ils
            ont  laissées  sur  le  papier  ou  dans  le  cœur  des  gens,  nous
            rappellent qu’ils ont existé.
















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