Page 40 - Contes et histoires pour Coline Tom 4 de Flore Bruic-Depès
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LES POÈTES DE LACANAU-OCÉAN
Il existe des soirs où les villages meurent
Après que les pigeons soient allés se coucher.
Ils s’endorment toujours avec le bruit de l’heure
Et le coq tournoyant au dessus du clocher.
Les fleurs dans le jardin se sont pelotonnées
Pour écouter mourir la musique du vent.
Les vagues de la mer sont des âmes bien nées
Éteignant les échos de ce monde vivant.
A l’heure où les bergers descendent des montagnes,
Le coeur de Lacanau, cette nuit, s’est éteint.
Combien de Canaulais, au bras de leur compagne,
Devinent qu’ici-bas le Bonheur est atteint !
Dans le silence chaud des longs moments d’étude,
Par ces odeurs de pins qu’ont les tiroirs moisis,
Je sens régner partout un air de plénitude
Comme si mon poème était en mots choisis.
Il paraît qu’aujourd’hui dans la salle Lescoure
Bon nombre d’estivants chantent les mêmes airs.
Ils ne sont pas venus pour une chasse à courre
Mais plutôt pour ouïr les aèdes diserts.
A lui seul le poète est une apostasie.
Alors, quand ils sont deux, ou trois, peut-être plus,
On ne peut que fléchir de tant de poésie
Où l’âme se confond aux sons de l’angélus.
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