Page 26 - Contes et histoires pour Coline Tom 1 de Flore Bruic-Depès
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Après, ce fut très facile. Le vent la souleva dans les
airs, comme un tapis volant.
Elle se sentait ivre : ivre de liberté, ivre de bonheur.
Elle entendait tous ses amis qui applaudissaient au-
dessous d’elle :
Des pattes crissaient sur les feuilles et sur le sol ; des
ailes s’ouvraient et se fermaient, faisant la claque
comme au spectacle : c’était merveilleux.
L’air glissait sur sa peau lisse. Le monde, vu d’en haut
était fantastique : de toutes les formes, de toutes les
couleurs.
Le ciel était devenu gris comme du plomb. De lourdes
traînées noirâtres s’avançaient, menaçantes, mais la
feuille ne les voyait pas.
Elle regardait la terre, si belle.
En route, elle croisa une autre feuille comme elle :
c’était un vulgaire bout de papier, à moitié froissé.
Plus loin, elle se heurta à des feuilles de platanes,
roussies et rabougries, mortes sans doute. Elle les
ignora. Un oiseau qui passait par là, la prit dans son
bec et la perfora. Réalisant qu’elle n’était pas
comestible il la laissa repartir. Elle se sentait blessée.
Les premières gouttes de pluie la surprirent. Elle se
recroquevilla un peu. Afin de ne pas s’alourdir, elle
chercha un abri.
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