Page 95 - Dialogue avec Néonne
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Je ne te vois plus faire de pastel, pourtant !
Passons. C’était un homme simple, charmant et empli
d’humilité. Je vous ai entendu dire souvent qu’il venait au
cours de Michel à bicyclette ! Il avait un certain âge :
quatre- vingt ans passés…
Vous disiez aussi qu’il allait regarder le coucher de soleil
chaque soir et n’hésitait pas à laisser sa soupe en plan pour
accomplir son parcours jusqu’à l’océan.
Jean son ami, ne venait pas ici. Vous alliez dîner chez lui.
Il était fils d’un accordeur de piano. Il aurait pu accorder le
tien, que tu as laissé à l’abandon pendant des années et que
tu as vendu ! Quel dommage ! Ne fais pas de commentaire
ou j’arrête !
Pour en revenir à Jean, Michel l’appelait familièrement
John. Cela n’avait pas l’air de le vexer, à vous entendre. Au
contraire, il était fier de cette attention de la part de son
« maître ».
Alain Sohm † était votre kiné favori. Il créait des aquarelles
en amateur : il n’avait pas trop de temps sauf pendant ses
vacances et rêvait de travailler cet art plus sérieusement
quand il serait à la retraite. La vie ne lui a pas laissé le temps
de parfaire ce violon d’Ingres.
Il était véritablement un ami, je crois, pour vous. Il a t’aidée
moralement après la mort de Michel. Je vous entendais dire
qu’il l’avait soutenu jusqu’à ses dernières extrémités.
J’ai aperçu un temps un portrait qu’il avait fait de lui post-
mortem.
Lui aussi, est parti tragiquement. Tu l’as pleuré et tu as
remplacé le portrait par trois petits galets qui trônent sur
l’argentier.
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