Page 75 - Dialogue avec Néonne
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- « Je n’ai rien vu : tu cachais tes yeux derrière de grandes
lunettes de soleil et ton grand chapeau garni d’une voilette
bleue. »
- « Tu t’en souviens ? »
- « Bien sûr que je m’en souviens ! Quelle élégance avec ce
chapeau et l’ensemble bleu qui te va à ravir ! »
- « N’exagérons rien ! Maintenant je m’habille autrement et
tous ces souvenirs dorment au fond d’un placard ! »
- « Mais enfin pourquoi pleurais-tu ? C’était un moment de
bonheur ! Tu ne dois rien me cacher ! »
- « Je pleurais parce que c’était un instant privilégié que je ne
pouvais plus partager avec ma mère. J’ai pensé à elle et me
suis dit, l’espace d’une seconde qu’elle n’aurait pas
apprécié. »
- « Pourquoi donc ? Tu ne me dis pas tout ! »
- « Maintenant je peux te le dire : il y a prescription. Un mois
avant de mourir, elle est entrée dans une première clinique.
Je suis allée lui rendre visite. Elle est assise dans un profond
fauteuil. Nous parlons des enfants. A propos d’Agnès et de
son ami d’alors, elle s’est exclamée, en se redressant
subitement : « moi, vivante, ce mariage ne se fera pas ! »
Cela m’a choquée. Je ne comprenais pas. Je n’avais rien
répondu. J’aimais bien mon futur gendre ! Alors, le jour du
mariage, cette pensée m’est revenue….. »
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