Page 13 - Dialogue avec Néonne
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Nous passons de bons moments sans savoir qu'un jour tout
            changera.


            Mon grand-père, ancien receveur des postes, avait usé de ses
            relations  pour  faire  nommer  son  fils,  facteur-receveur  à
            l'agence postale car l'atelier de menuiserie ne servait plus à
            rien  !  Nous  aimions  passer  d'un  domicile  à  l'autre  :  quel
            bonheur de quitter le centre-ville pour aller vers la forêt !

            Avant ou après le repas, nous escaladons les dunes et nous
            montons parfois sur le "pain de sucre", le terrain boisé derrière
            chez  nous,  pour  apercevoir  l'océan  qui  brille  au  loin.  C'est
            notre  récompense  :  une  joie  indescriptible  que  personne  ne
            peut nous enlever.

            À ce propos, je me souviens d'une petite anecdote qui vous
            fera sourire. Un aperçu de notre bonheur d'alors.


            Un certain dimanche, ma mère nous apprête pour sortir comme
            d'habitude.  Elle  tresse,  avec  soin  mes  longs  cheveux  et
            m’habille d'une coquette robe. Elle confectionne un gâteau de
            citrouille  dont nous sommes si friands. Nous nageons dans la
            joie.

            Au  moment  de  partir,  elle  prononce  ces  simples  paroles  :
            " Non, pas toi ! Tu restes avec nous ! "

            Je  fondis  en  larmes.  Il  me  semblait  que  c'était  un
            bannissement, une injustice, une punition peu méritée.












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