Page 8 - Dialogue avec Néonne
P. 8
Cette dernière est devenue, au fil des ans, ce qu'elle est
aujourd'hui : une petite villa sans prétention, sise au bord de la
rue Jean Michel, très passante aujourd'hui - surtout en période
scolaire, en été, lors des grands retours vers Bordeaux, les soirs
de grandes festivités, car elle est à sens unique -.
Néonne évoque la féminité. Est-ce à cause de son nom ? Mes
grands-parents l'avaient baptisée ainsi parce qu'elle contenait
les trois terminaisons de René (leur fils unique), Léon
(le prénom de mon grand-père), et Jeanne (le prénom de ma
grand-mère).
Néonne est l'objet de toutes mes attentions parce qu'elle est
mienne : le seul bien que je possède.
Elle n'attire pas forcément le regard, mis à part celui de ceux
ou de celles qui ont franchi le grand portail qui la sépare de
Marguerite qui fût nôtre, jadis.
Vous me direz : " Que nous importent tous ces états d'âme !
Nous n'avons jamais franchi votre portail ! "
Ne soyez pas rebutés ou si condescendants.
Quand vous découvrirez notre histoire d'amour et celles des
artistes, des amis qui sont passés là, vous aurez envie de passer
ce portail et la magie opèrera. Néonne vous surprendra. Vue
de l'extérieur, elle a souvent le regard triste d'une femme que
l'on abandonne.
Ses prunelles fenêtres, cachées derrière des volets aussi vieux
qu'elle, ne s'ouvrent à la lumière - comme elles l'ont fait si
longtemps - qu'aux périodes où je lui rends visite.
8

