Page 9 - Dialogue avec Néonne
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Autrefois, du temps de ma jeunesse, elle attendait fidèle, le
            retour de ses maîtres. C'était généralement, aux vacances de
            Pâques. Les premiers rayons printaniers venaient réveiller les
            vieux  murs  blanchis  à  la  chaux,  jouer  avec  les  poussières
            accumulées entre les lames d'un plancher vétuste et les toiles
            dansantes de quelques araignées craintives et abasourdies par
            la présence soudaine d'une famille de sept personnes.
            Au  grand  silence  hivernal,  succédaient  des  cris,  des
            claquements de portes. En quelques jours, pour un temps qui
            durait quasiment jusqu'à l'automne, elle vibrait chaque fin de
            semaine et pendant tout l'été. Un sang neuf coulait dans ses
            veines ; elle redevenait vivante.
            Bien plus tard, lorsque la famille se dispersa, elle resta fermée
            longtemps. Mal entretenue, elle se ridait, s'enlisait dans des
            silences que seul l'été pouvait à peine rompre, et encore, dans
            un laps de temps très court !


            Ses  maîtres  avaient  vieilli  :  leurs  préoccupations  étaient
            ailleurs.
            Ainsi sont ces lieux de vie que l’on prend ou délaisse à sa
            guise. Faute d'amour et d'intérêt, ils s'enfoncent année après
            année,  vers  une  mort  programmée.  L'oubli,  le  manque
            d'entretien font qu'un matin, ils succombent et s'écroulent sur
            leur assise.


            Allait-on la voir se réduire en un tas de poussière de sable ?
            Non, car un miracle eut lieu : Ce fut vers la fin du siècle dernier.
            Nos  parents  firent  une  donation-partage  entre  mes  frères  et
            moi et j’héritais ainsi de Néonne. J’en ai fait ce qu’elle est
            devenue.










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